Donation de la nue-propriété chez le notaire : clé symbolisant la transmission immobilière

Donation de la nue-propriété entre 55 et 70 ans : la stratégie patrimoniale la plus efficace en 2026 ?

L’essentiel

  • Entre 55 et 70 ans, la nue-propriété représente fiscalement 50 % à 60 % de la pleine propriété (barème art. 669 CGI, inchangé en 2026).
  • Vous transmettez aujourd’hui, vous conservez les revenus et l’usage du bien jusqu’à votre décès.
  • Au décès, vos enfants récupèrent la pleine propriété sans droits de succession supplémentaires (art. 1133 CGI).
  • L’abattement parent-enfant de 100 000 € se reconstitue tous les 15 ans : commencer tôt permet de renouveler l’opération.
  • Exemple : à 60 ans, donner la nue-propriété d’un bien de 400 000 € à un enfant peut se faire sans aucun droit à payer (avec deux parents donateurs).
  • La stratégie suppose un acte notarié et une réflexion sur les clauses (réversion d’usufruit, droits du nu-propriétaire, indivision).

Quiz patrimonial

La donation de la nue-propriété est-elle adaptée à votre situation ?

4 questions, 90 secondes. Réponse contextualisée à la fin.

Pourquoi la tranche 55-70 ans est la fenêtre optimale

La donation de la nue-propriété consiste à transmettre à ses enfants la propriété d'un bien tout en se réservant l'usufruit, c'est-à-dire le droit d'en jouir et d'en percevoir les revenus jusqu'à son décès. Ce mécanisme s'inscrit dans le cadre plus large du démembrement de propriété, dont il constitue l'application la plus structurante en matière de transmission patrimoniale.

L'intérêt de cette stratégie tient à une mécanique simple : la valeur fiscale de la nue-propriété, calculée selon le barème de l'article 669 du Code général des impôts, dépend de l'âge de l'usufruitier au jour de la donation. Plus l'usufruitier est âgé, plus la nue-propriété est valorisée à un pourcentage élevé. Donc plus vous attendez, plus la base taxable de la donation augmente.

Entre 55 et 70 ans, la nue-propriété représente fiscalement 50 % à 60 % de la pleine propriété. Cette fenêtre cumule trois avantages :

  • Une décote fiscale significative qui permet de transmettre une part importante de la valeur du bien à un coût réduit.
  • Une espérance de vie de l'usufruitier qui justifie économiquement l'opération : vous conservez l'usage et les revenus du bien pendant 15 à 30 ans en moyenne.
  • Un horizon suffisant pour renouveler l'abattement de 100 000 € par enfant, qui se reconstitue tous les 15 ans.

Avant 55 ans, la nue-propriété représente plus de 60 % du bien, ce qui réduit l'effet de levier fiscal. Après 70 ans, elle dépasse 70 %, et au-delà de 80 ans, elle atteint 80 % à 90 %. L'opération reste possible mais perd progressivement son intérêt principal.

Le mécanisme fiscal : ce que dit l'article 669 du CGI

Le barème de l'article 669 du Code général des impôts fixe la répartition fiscale entre usufruit et nue-propriété en fonction de l'âge de l'usufruitier. Il s'agit d'un barème forfaitaire et obligatoire pour le calcul des droits de mutation à titre gratuit (donations et successions). Il est inchangé depuis la loi de finances 2004 et le reste en 2026.

Le barème en vigueur en 2026

Âge de l'usufruitierValeur de l'usufruitValeur de la nue-propriété
Moins de 21 ans révolus90 %10 %
21 à 30 ans80 %20 %
31 à 40 ans70 %30 %
41 à 50 ans60 %40 %
51 à 60 ans50 %50 %
61 à 70 ans40 %60 %
71 à 80 ans30 %70 %
81 à 90 ans20 %80 %
Plus de 91 ans10 %90 %

Source : article 669-I du Code général des impôts. Barème en vigueur en 2026, inchangé depuis 2004.

L'abattement parent-enfant de 100 000 €

Selon l'article 779-I du CGI, chaque parent peut donner jusqu'à 100 000 € à chaque enfant en franchise de droits, et cet abattement se reconstitue tous les 15 ans. Un couple avec deux enfants peut donc transmettre 400 000 € sans droits à chaque cycle de 15 ans (100 000 € × 2 parents × 2 enfants).

Couplé au barème du démembrement, cet abattement produit l'effet de levier qui rend la donation de la nue-propriété si efficace : la base taxable est déjà réduite par le démembrement, puis l'abattement vient encore l'absorber.

La reconstitution en franchise de droits

L'élément le plus structurant de la stratégie : au décès de l'usufruitier, le nu-propriétaire devient automatiquement plein propriétaire sans payer de droits de succession sur la part d'usufruit récupérée. C'est l'article 1133 du CGI qui prévoit cette franchise. Concrètement, vous payez (ou non) des droits une seule fois, sur la nue-propriété, au moment de la donation. Tout le reste passe sans imposition.

Trois exemples chiffrés à 55, 60 et 65 ans

Pour mesurer concrètement l'écart, comparons trois donateurs qui transmettent chacun à un enfant la nue-propriété d'un bien immobilier de 400 000 €.

Âge du donateur55 ans60 ans65 ans
Valeur du bien400 000 €400 000 €400 000 €
Quotité nue-propriété50 %50 %60 %
Valeur transmise (taxable)200 000 €200 000 €240 000 €
Abattement (1 parent)- 100 000 €- 100 000 €- 100 000 €
Base taxable100 000 €100 000 €140 000 €
Droits à payer≈ 18 194 €≈ 18 194 €≈ 26 194 €
À comparer en pleine propriété≈ 58 194 €≈ 58 194 €≈ 58 194 €

Calculs réalisés selon le barème progressif de l'article 777 du CGI applicable en ligne directe, après abattement de 100 000 €. Donation par un seul parent à un seul enfant.

Lecture du tableau : à 55 ou 60 ans, la donation de la nue-propriété fait économiser environ 40 000 € de droits par rapport à une donation en pleine propriété. Mais surtout, si un couple donne ensemble à deux enfants un bien de 400 000 €, en mobilisant les quatre abattements de 100 000 €, l'opération peut se faire sans aucun droit à payer.

À 65 ans, l'écart commence à se creuser : la nue-propriété passe à 60 %, ce qui augmente la base taxable de 40 000 €. Le coût supplémentaire en droits est de l'ordre de 8 000 € par rapport à une donation à 60 ans, sur un même bien.

Ce que vous gardez en tant qu'usufruitier

Donner la nue-propriété ne signifie pas se dépouiller. En conservant l'usufruit, vous gardez la quasi-totalité des prérogatives économiques sur le bien :

  • L'usage du bien : vous pouvez continuer à y vivre s'il s'agit de votre résidence ou d'une résidence secondaire.
  • Les revenus : si le bien est loué, vous percevez l'intégralité des loyers jusqu'à votre décès.
  • La fiscalité des revenus : c'est vous qui déclarez les loyers à l'impôt sur le revenu, pas le nu-propriétaire.
  • La charge IFI : l'usufruitier est redevable de l'IFI sur la valeur en pleine propriété du bien (article 968 du CGI), ce qui constitue le revers de la médaille pour les patrimoines au-dessus du seuil.
  • Les charges courantes : assurance, taxe foncière (sauf accord contraire), entretien courant.

Le nu-propriétaire, lui, n'a aucun droit immédiat sur le bien : il ne peut ni y habiter, ni en percevoir les revenus, ni le vendre seul. Sa seule prérogative active est de participer aux décisions structurantes : vente, grosses réparations (article 605 du Code civil), démolition, modification substantielle.

C'est précisément ce qui rend l'opération supportable : vous transmettez sans renoncer. Cela suppose en revanche d'accepter une contrainte : vous ne pourrez plus vendre le bien librement, l'accord du nu-propriétaire devenant nécessaire.

L'effet du rappel fiscal de 15 ans : commencer tôt, recommencer

L'abattement de 100 000 € entre parent et enfant n'est pas accordé une seule fois dans la vie. Il se reconstitue intégralement tous les 15 ans, à condition que la première donation ait été régulièrement déclarée. C'est ce qu'on appelle le rappel fiscal de l'article 784 du CGI.

Concrètement : si vous donnez à 58 ans, l'abattement sera reconstitué à vos 73 ans. Vous pourrez alors transmettre à nouveau jusqu'à 100 000 € par enfant en franchise de droits.

Cette mécanique a deux implications stratégiques :

  • Plus vous commencez tôt, plus vous renouvelez de cycles. Un parent qui démarre une donation à 55 ans peut espérer un deuxième cycle à 70 ans. Cela double potentiellement le montant transmis en franchise.
  • Le démembrement amplifie l'effet du rappel. En transmettant chaque fois la nue-propriété, vous mobilisez l'abattement sur une base déjà réduite par le barème de l'article 669. L'effet de levier se cumule.

À noter : depuis 2025, les abattements de droits de succession sont gelés jusqu'en 2028, ce qui signifie qu'ils ne sont pas réévalués pour tenir compte de l'inflation. Plus vous attendez, plus le poids relatif de l'abattement diminue face à la valeur de votre patrimoine. C'est un argument de plus pour engager la stratégie sans tarder.

Quels biens privilégier pour la donation de la nue-propriété

Tous les actifs ne se prêtent pas également à un démembrement. Voici une lecture pragmatique des biens à privilégier ou à éviter.

À privilégier

  • L'immobilier locatif : c'est le cas d'école. Vous conservez les loyers, vous réduisez la base taxable transmise et, si vous êtes assujetti à l'IFI, vous gardez la charge fiscale mais vous transmettez la valeur. À l'extinction de l'usufruit, vos enfants récupèrent un bien productif sans droits supplémentaires.
  • La résidence secondaire : un bien dont vous voulez conserver la jouissance sans avoir à le revendre se prête bien à l'opération. À condition d'accepter de ne plus pouvoir le vendre seul.
  • Les parts de SCI familiale : démembrer des parts de SCI offre une grande souplesse de gestion, surtout en présence de plusieurs enfants. Cela permet aussi d'organiser la gouvernance pour la suite.
  • Les parts de SCPI : l'achat ou la donation de la nue-propriété de parts de SCPI est un montage très utilisé pour combiner transmission et constitution patrimoniale différée.

À éviter ou à structurer avec soin

  • La résidence principale : envisageable mais à manier avec prudence. Si vous voulez la revendre dans 10 ans pour vous adapter (déménagement, dépendance), vous aurez besoin de l'accord de vos enfants nus-propriétaires. Cela peut créer des tensions ou une rigidité non souhaitée.
  • Les liquidités : depuis l'introduction de l'article 774 bis du CGI par la loi de finances 2024, la donation d'une somme d'argent avec réserve d'usufruit (quasi-usufruit) génère une dette de restitution dont la déduction au décès est désormais limitée. Le levier fiscal a été réduit. À étudier au cas par cas.
  • Les biens professionnels : un démembrement sur un outil de travail peut entrer en conflit avec d'autres dispositifs (Dutreil notamment) ou créer des difficultés de gouvernance. Demande une analyse intégrée.

Sur la région toulousaine, et notamment dans le secteur du Sicoval et de Ramonville-Saint-Agne, les biens locatifs anciens valorisés entre 250 000 € et 600 000 € constituent un terrain particulièrement favorable à cette stratégie. La pression immobilière sur le sud toulousain rend la décote fiscale de 40 à 50 % via le démembrement très lisible en valeur absolue.

Les pièges et points de vigilance

Une donation de la nue-propriété mal structurée peut produire des conséquences imprévues. Voici les principaux risques à anticiper.

L'indivision entre nus-propriétaires

Si vous donnez à plusieurs enfants la nue-propriété d'un même bien, vous créez une indivision entre eux. À votre décès, ils deviendront copropriétaires de plein droit, avec les difficultés classiques de l'indivision : décisions unanimes pour certains actes, risque de blocage en cas de désaccord, droit de chacun à demander le partage. La donation-partage permet d'éviter ce piège en répartissant clairement les biens lot par lot.

L'article 751 du CGI : la présomption fiscale

Si la donation de la nue-propriété intervient moins de trois mois avant le décès de l'usufruitier (sauf si elle est constatée dans un contrat de mariage), l'administration fiscale peut présumer que le bien fait partie de la succession et le réintégrer en pleine propriété dans l'actif taxable. C'est un argument supplémentaire pour anticiper et ne pas attendre les derniers moments.

La perte de flexibilité sur le bien

Une fois la nue-propriété donnée, vous ne pouvez plus vendre seul. Toute vente nécessitera l'accord du nu-propriétaire, et le prix sera réparti entre vous deux selon le barème de l'article 669. Si vos enfants ne sont pas alignés sur votre projet, la situation peut devenir inextricable.

Le risque conjugal

En présence d'un conjoint, la donation de la nue-propriété sans clause de réversion d'usufruit peut le priver de droits importants à votre décès. Une clause de réversion permet à votre conjoint de recueillir l'usufruit après vous, ce qui sécurise sa situation. Cette clause doit être intégrée dans l'acte notarié dès l'origine.

Les charges fiscales conservées

En tant qu'usufruitier, vous restez redevable de l'IFI sur la valeur en pleine propriété du bien (article 968 CGI). Vous payez aussi l'impôt sur le revenu sur les loyers, sans pouvoir déduire les grosses réparations qui incombent au nu-propriétaire. Bilan fiscal à projeter avant de s'engager.

Et après 70 ans, est-ce encore pertinent ?

Au-delà de 70 ans, la nue-propriété représente 70 % à 90 % de la valeur du bien. L'avantage fiscal de la donation démembrée se réduit mais ne disparaît pas. Il faut simplement le comparer à d'autres outils qui deviennent à ce stade plus efficaces.

À 75 ans, la nue-propriété vaut 70 %. Sur un bien de 400 000 €, la valeur transmise sera de 280 000 €, contre 200 000 € à 60 ans. L'écart de droits est significatif. Cependant, l'opération conserve trois mérites :

  • Elle reste moins coûteuse qu'une donation en pleine propriété.
  • Elle permet de conserver les revenus jusqu'au décès.
  • Elle évite la taxation au décès sur l'usufruit recueilli par les enfants (article 1133 CGI).

Mais à partir de 70 ans, d'autres pistes méritent souvent d'être explorées en parallèle ou en substitution : l'assurance-vie (qui dispose d'un régime spécifique entre 70 ans et le décès via l'article 757 B du CGI), le démembrement temporaire sur des SCPI, ou la donation-partage avec soulte.

En clair : la fenêtre 55-70 ans est celle où le rapport effort/efficacité du démembrement est le meilleur. Passé 70 ans, l'arbitrage devient moins évident et appelle une analyse plus large des outils disponibles.

FAQ : donation de la nue-propriété

Faut-il un notaire pour donner la nue-propriété d'un bien immobilier ?

Oui. La donation de la nue-propriété d'un bien immobilier doit obligatoirement être constatée par un acte notarié (article 931 du Code civil). Le notaire calcule la valeur de la nue-propriété selon le barème de l'article 669 CGI, rédige l'acte, le publie au service de la publicité foncière et acquitte les droits d'enregistrement. Les frais de notaire représentent environ 1,5 % à 3 % de la valeur de la nue-propriété transmise.

Peut-on revenir en arrière après une donation de la nue-propriété ?

Non, sauf dans des cas très limités. La donation est en principe irrévocable. Trois exceptions existent : ingratitude du donataire (article 955 du Code civil), inexécution des charges prévues à l'acte, ou survenance d'enfants après une donation faite sans enfant (article 960 du Code civil). Une clause de retour conventionnel peut être insérée dans l'acte pour prévoir le retour du bien au donateur en cas de prédécès du donataire sans descendance.

La donation de la nue-propriété déclenche-t-elle une plus-value immobilière ?

Non. La donation est une mutation à titre gratuit, elle n'entraîne aucune imposition au titre des plus-values immobilières. La plus-value ne sera calculée qu'en cas de vente ultérieure, et la valeur retenue pour le calcul sera celle au jour de la donation. C'est un point très favorable, qui permet de purger la plus-value latente accumulée par le donateur.

Qui paie les travaux et l'entretien du bien démembré ?

Le Code civil répartit les charges entre usufruitier et nu-propriétaire. L'usufruitier prend en charge les réparations d'entretien et les charges courantes (article 605 du Code civil). Le nu-propriétaire est tenu des grosses réparations : gros murs, voûtes, poutres, couvertures entières, digues, murs de soutènement (article 606). En pratique, l'acte notarié peut prévoir des aménagements conventionnels à cette répartition.

Peut-on combiner donation de la nue-propriété et SCI ?

Oui, c'est même une combinaison fréquente. On constitue une SCI familiale, on lui apporte le bien immobilier, puis on donne la nue-propriété des parts de SCI aux enfants. Ce montage offre plusieurs avantages : souplesse de gestion via les statuts, prise de décision encadrée, possibilité de céder progressivement les parts au fil des cycles d'abattement de 15 ans. Il faut en revanche soigner la rédaction des statuts pour préserver la gouvernance souhaitée.

Comment se passe la transmission au décès de l'usufruitier ?

Au décès de l'usufruitier, le nu-propriétaire devient automatiquement plein propriétaire, sans aucune formalité fiscale ni droit de succession à payer sur la part d'usufruit récupérée (article 1133 CGI). Une simple attestation notariée constatera l'extinction de l'usufruit et la pleine propriété du bénéficiaire. Cette attestation est ensuite publiée au service de la publicité foncière pour mettre à jour les fichiers immobiliers.

L'auteur

Thomas Gomez

Conseiller Indépendant en Investissements à Ramonville-Saint-Agne, j'accompagne mes clients du Sicoval et de l'agglomération toulousaine sur les stratégies de transmission, d'investissement et d'optimisation patrimoniale. Mon approche : commencer par écouter, puis structurer.

Immatriculation ORIAS n° 26002242

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